À une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Dijon, une butte boisée garde un secret que les archéologues lèvent pièce par pièce. Sur la Montagne de Saint-Laurent, à Mesmont (Côte-d’Or), les fouilles menées par l’Inrap mettent au jour un ensemble bâti du haut Moyen Âge : une vaste église, des édifices maçonnés alignés avec soin et des restes de chauffage par le sol hérités de l’Antiquité. De quoi poser une question qui fait rêver : y avait-il là, il y a quinze siècles, un palais ?
Plan de l'article
Une butte qui domine la vallée de l’Ouche #
Le site n’est pas une découverte de la dernière heure. Selon l’Inrap, la Montagne de Saint-Laurent est une butte-témoin qui marque fortement le paysage de la moyenne vallée de l’Ouche, et des trouvailles y sont signalées dès le XVIIIe siècle. Le plateau est occupé dès le Néolithique, puis plus intensément à la fin de l’âge du Bronze et au début de l’âge du Fer, avant un nouvel abandon pendant l’Antiquité romaine.
Depuis 2019, un programme combinant prospections, sondages et fouilles a renouvelé ce que l’on savait du lieu. Les relevés Lidar et la prospection géophysique ont révélé une occupation très structurée, qui ceinture un éperon central au sommet. Un nouveau programme de trois ans a été lancé en 2026, centré sur un secteur précis : la période allant du Ve au VIIIe siècle, longtemps négligée par les recherches anciennes alors que le site est de nouveau densément peuplé à cette époque.
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Une église longue de 27,5 mètres #
Le cœur de l’ensemble est un lieu de culte. Découvert dans les années 1970 et fouillé entre 2019 et 2024, ce grand bâtiment maçonné restait énigmatique faute de sépultures associées. La mise au jour d’une barrière de chœur et des bases de ce qui pourrait être une banquette liturgique a permis de trancher : il s’agit d’une vaste église, longue de 27,5 m et large de 12,4 m au niveau de la nef, d’après l’Inrap. Une pièce située au sud servait vraisemblablement d’annexe presbytérale.
Les vitraux ont laissé une trace discrète mais parlante. Parmi les plus de 500 fragments de verre recueillis depuis 2019, une cinquantaine sont des verres plats dits « grugés », du nom du grugeoir, l’outil qui servait à les découper. Ils équipaient très probablement les fenêtres de l’église. Le reste du lot se compose surtout d’éléments de lampes et de vaisselle de table, typiques des modes de consommation des milieux privilégiés de l’époque.
Un étage, des sols chauffés : la piste du palais #
La campagne de 2026 a apporté l’élément le plus frappant. À l’ouest de l’église, dans son strict prolongement, les archéologues ont dégagé un autre édifice maçonné de 15 m sur 12 m. La largeur des murs et la qualité du mortier laissent penser qu’il comportait un étage. Au sud, des sondages repèrent une troisième construction qui semble s’étendre sur plus d’une vingtaine de mètres de long.
Surtout, les fouilles ont livré en nombre des pilettes, des fragments de tubulures et de la suspensura, ce sol de béton posé sur des piliers. Ces vestiges trahissent un hypocauste, le système de chauffage par le sol des villas romaines. L’Inrap souligne que ces installations de confort supposent des artisans spécialisés, briquetiers ou chaufourniers, et qu’elles caractérisent des lieux où résident de hauts personnages capables de financer de tels travaux. Le site Medievalists.net résume l’enjeu : un complexe de type palatial qui éclaire la vie des élites bourguignonnes entre le Ve et le VIIIe siècle.
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Prudence toutefois : les chercheurs n’ont pas établi qui occupait ces bâtiments. Le point d’interrogation du titre de l’Inrap, « Un palais sur la Montagne de Saint-Laurent ? », est à prendre au sérieux.
Comment les archéologues datent l’ensemble #
L’ensemble est construit dans le courant du Ve siècle et occupé jusqu’au début du VIIIe sans profonds remaniements. Cette chronologie repose sur la céramique, notamment un petit lot de sigillée produite en Argonne, et sur une série d’analyses au radiocarbone. Un tesson trouvé en 2026 porte un décor à la molette typique de la seconde moitié du Ve siècle, avec des motifs chrétiens où l’on distingue un calice et une croix monogrammatique.
Le dossier a aussi une part sombre. Le site a été pillé à de nombreuses reprises par des détectoristes, si bien que les objets en métal manquent. L’Inrap parle d’une perte d’informations irrémédiable, d’autant plus regrettable que le chantier est ouvert aux bénévoles : chacun peut y pratiquer l’archéologie dans les règles.
Mesmont, chef-lieu d’un « pays du grand mont » #
Ce qui rend le site passionnant, c’est que les textes en parlent. Mesmont est cité comme chef-lieu d’un pagus de la cité épiscopale de Langres, le pagus magnimontensis, ou pays du grand mont, qui a donné le nom de Mesmontois. Les sources le qualifient de castrum ou d’oppidum, des termes qui évoquent un site perché ou fortifié, mais aussi une certaine forme d’urbanité.
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La littérature consacrée aux premiers saints de Bourgogne y revient souvent. Au début du VIe siècle, l’évêque Grégoire de Langres nomme son petit-fils Eustade, alors prêtre à Mesmont, à la tête de la communauté monastique fondée autour du culte de saint Bénigne à Dijon. Cette famille appartient à la plus haute aristocratie sénatoriale de l’époque, celle dont descend Grégoire de Tours. Sigo, fondateur au VIe siècle du monastère devenu Saint-Seine-l’Abbaye, est lui aussi originaire de Mesmont.
Les reliques de saint Antide étaient probablement conservées sur place jusqu’au IXe siècle, avant leur transfert à Brescia, en Italie du Nord. Pour les chercheurs, ce départ signale le déclin du site et l’abandon progressif de la montagne, sans doute au profit du bourg actuel de Sombernon.
Un chantier à suivre ces prochaines années #
Relayée par la presse spécialisée internationale, dont le magazine italien Finestre sull’Arte, la découverte place Mesmont parmi les sites qui permettent de comprendre le passage de l’organisation romaine du territoire au monde médiéval. Le programme triennal lancé cette année doit préciser le plan de ces édifices qui, selon l’Inrap, émergent de la forêt au fil des campagnes et forment un ensemble de plusieurs centaines de mètres carrés.
Pour le photographe amateur comme pour le passionné d’histoire, la Montagne de Saint-Laurent rappelle qu’un simple bois de Côte-d’Or peut cacher l’un des chapitres les plus mal connus de notre passé : ces siècles entre la chute de Rome et Charlemagne, où des évêques, des saints et des aristocrates ont façonné la Bourgogne.




