Au milieu des forêts de Dabo, en Moselle-Est, une étrange bâtisse mêle une façade d’inspiration bavaroise et un arrière alsacien à colombages. C’est la Maison forestière du Spitzberg, ancien relais de chasse imaginé pour l’empereur Guillaume II. Elle vient de remporter le vote du public lorrain de la Fondation du patrimoine, et ses défenseurs ont tout de suite écrit : « On a gagné… et maintenant, il va falloir assumer ! »
Plan de l'article
Un vote du public qui rapporte 10 000 euros #
La délégation lorraine de la Fondation du patrimoine organisait cette année la deuxième édition de « Patrimoine de Lorraine : à vous de voter ! ». Du 19 octobre au 1er novembre 2026, douze sites répartis dans les quatre départements lorrains étaient soumis aux internautes. Selon Moselle TV, 10 542 votes ont été enregistrés au total.
Le principe est simple : un site par département reçoit une dotation de 10 000 euros pour faire avancer sa restauration. En Moselle, trois monuments étaient en compétition : la Maison forestière du Spitzberg, la Cantine des mineurs de Petite-Rosselle et l’ancienne synagogue de Phalsbourg. C’est la maison de Dabo qui l’a emporté.
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Les trois autres lauréats lorrains sont la Villa La Garenne à Liverdun (Meurthe-et-Moselle), l’église Saint-Pierre-et-Saint-Paul des Monthairons (Meuse) et les forts d’Uxegney et de Bois-l’Abbé dans les Vosges, récemment évoqués sur ce blog.
Un relais de chasse pour un empereur #
La maison a été construite entre 1900 et 1906, à une époque où la Moselle faisait partie de l’Alsace-Lorraine annexée par l’Empire allemand. Elle était destinée à servir de relais de chasse à Guillaume II, dernier empereur allemand et roi de Prusse.
Ce contexte se voit dans ses murs. L’édifice associe des styles qu’on s’attendrait peu à trouver ensemble : une façade d’inspiration bavaroise avec ses vérandas d’un côté, un arrière alsacien à colombages de l’autre. Sa conception est attribuée à l’architecte prussien Richard Kuder, à qui l’on doit aussi le Palais des Fêtes de Strasbourg, d’après Moselle TV.
Ce mélange résume assez bien l’histoire mouvementée de la région. Une construction pensée pour le loisir d’un souverain allemand se retrouve aujourd’hui protégée par des bénévoles français, avec l’appui d’une fondation nationale.
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De l’État français à l’abandon #
En 1918, à la fin de la Première Guerre mondiale, la maison devient propriété de l’État français. Elle change alors de fonction et sert de maison forestière, c’est-à-dire de logement et de base pour les forestiers chargés du massif, jusqu’en 1974.
Ensuite, le bâtiment se dégrade. La Fondation du patrimoine, citée par ici Lorraine, explique qu’il était menacé de disparition « en raison de graves désordres structurels ». Autrement dit, ce n’était plus seulement une question d’apparence, mais de solidité.
Une association derrière le chantier #
C’est là qu’intervient l’association Les Amis du Spitzberg. Ses bénévoles portent le vaste chantier de sauvegarde engagé pour la sauver. Avec le soutien de la Fondation du patrimoine et de la Mission Patrimoine, la toiture et les vérandas ont déjà été entièrement rénovées.
Ce premier temps était décisif. Sur une maison qui s’abîme, la toiture conditionne tout le reste : tant que l’eau entre, les planchers, les charpentes et les enduits continuent de souffrir. Les vérandas, elles, font partie de la signature visuelle du côté bavarois de l’édifice.
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Prochaine étape : les fenêtres d’origine #
Les 10 000 euros du vote du public serviront à l’étape suivante : le « remplacement des fenêtres d’origine, aujourd’hui dégradées ou manquantes », selon la Fondation du patrimoine citée par ici Lorraine.
Ce n’est pas un détail. Sur une maison de ce type, les fenêtres participent au dessin des façades autant qu’à leur étanchéité. Des baies manquantes laissent passer l’humidité et le gel, et des menuiseries modernes mal choisies peuvent changer la lecture d’un bâtiment ancien. D’où la phrase des Amis du Spitzberg : gagner le vote est une chose, mener ce chantier jusqu’au bout en est une autre.
Pourquoi ces votes comptent pour le petit patrimoine #
L’objectif affiché de l’opération lorraine est de mettre en lumière des sites patrimoniaux ruraux qui ont besoin de financements pour leurs travaux. Ces lieux sont souvent loin des grands circuits touristiques. Ils ne vivent que par l’énergie d’une commune ou d’une association, et chaque dotation leur permet de passer à l’étape suivante.
Le Spitzberg en est un bon exemple. Ce n’est ni une cathédrale ni un château célèbre, mais un bâtiment qui raconte à lui seul plus d’un siècle d’histoire frontalière : l’annexion, le retour à la France, puis la vie forestière et l’oubli.
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Le Spitzberg, une curiosité à garder en tête #
Pour les amateurs de patrimoine insolite, le nom mérite d’être noté. Un relais de chasse impérial au cœur des Vosges mosellanes, dessiné par l’architecte d’un grand monument strasbourgeois et sauvé pierre après pierre par des bénévoles : l’histoire a de quoi donner envie d’aller voir sur place, et de suivre le chantier des fenêtres.
Les modalités de visite dépendent de l’association et de l’avancement des travaux. Avant de vous déplacer, le plus sûr est de consulter les annonces des Amis du Spitzberg ou de la commune de Dabo.




