Au sommet de son éperon de grès, le Mont Sainte-Odile est l’un des lieux les plus fréquentés d’Alsace. Ce que voient moins les visiteurs, c’est le chantier ouvert cette année sur ses deux chapelles les plus anciennes, posées au bord du vide. Voici ce qui se joue, et pourquoi ces travaux arrivent maintenant.
Plan de l'article
Un chantier lancé après une étude sur la roche #
Le point de départ n’est pas une façade abîmée mais le rocher lui-même. Selon RCF Alsace, l’archevêché de Strasbourg a reçu en avril 2024 les résultats d’une étude portant sur la qualité des roches et sur les principes de sécurisation du site. Les deux chapelles extérieures, celle des Larmes et celle des Anges, sont construites tout près de l’à-pic. Si le socle bouge, c’est tout l’édifice qui est menacé.
La collecte, elle, avait commencé plus tôt. La Fondation du patrimoine d’Alsace a ouvert une levée de dons en décembre 2023. Trois ans et demi plus tard, environ un million d’euros avait été réuni, assez pour lancer les travaux. La première pierre a été bénie le 8 juillet 2026, lors d’une messe présidée par Mgr Pascal Delannoy, archevêque de Strasbourg.
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Trois opérations, un calendrier jusqu’à fin 2028 #
Le chantier se déroule en plusieurs temps, toujours d’après RCF Alsace. Il commence par le mur de soutènement de la rampe d’accès à la chapelle des Larmes, pour une durée annoncée de huit mois. C’est d’ailleurs dans ce mur que la première pierre bénie trouvera sa place.
Viennent ensuite la chapelle des Anges, dont les travaux sont estimés à 711 000 euros, puis la mise en sécurité du rocher qui porte les deux chapelles, le poste le plus lourd, estimé à 2 290 900 euros. L’ensemble des opérations atteint 3,5 millions d’euros, pour une fin espérée fin 2028. Le suivi est assuré par l’architecte du patrimoine Bertrand Fleck.
Qui paie ?
Le financement mêle plusieurs acteurs : l’État, la Région Grand Est, la Collectivité européenne d’Alsace, des mécènes et la Fondation du patrimoine d’Alsace, y compris par le Loto du patrimoine. Le reste, plus de 500 000 euros, est à la charge du diocèse de Strasbourg. Un montage classique pour un monument protégé dont le propriétaire n’est pas l’État.
Deux chapelles du XIIe siècle, protégées depuis 1840 #
Pourquoi tant d’attention pour deux petits édifices ? Parce qu’ils comptent parmi les plus vieux du site. La notice Mérimée du monastère, reprise par Monumentum à partir de la base du ministère de la Culture, date les premiers bâtiments construits de la deuxième moitié du XIIe siècle : chapelle de la Croix, bibliothèque, chapelle des Larmes et chapelle des Anges. Cette dernière a été restaurée aux XVIIe et XIXe siècles.
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Leur protection est ancienne. La chapelle Sainte-Odile, la chapelle de la Croix, la bibliothèque, les sculptures du cloître et les deux chapelles extérieures figurent dans la liste de classement de 1840, l’une des toutes premières listes de monuments historiques en France. L’église conventuelle, elle, n’a été classée que par un arrêté du 22 juillet 1997.
Ce que racontent les murs
La même notice décrit une construction mixte. La pierre de taille en moyen appareil ne concerne que quelques murs, dont les murs ouest et nord de la chapelle des Larmes et les murs de la chapelle des Anges. Partout ailleurs, ce sont des moellons de grès avec des chaînes d’angle en pierre de taille. Les deux chapelles n’ont qu’un seul vaisseau, quand la nef de l’église en compte trois.
Pour le photographe, c’est un détail précieux : la différence d’appareil se lit à l’œil nu, surtout en lumière rasante, en fin de journée.
Un lieu habité depuis le VIIe siècle #
L’histoire du mont commence bien avant les chapelles actuelles. Selon la notice Mérimée, un établissement religieux aurait été fondé par le duc d’Alsace Etichon, aussi appelé Adalrich, dès la seconde moitié du VIIe siècle. Au VIIIe siècle, trois bâtiments sont construits, peut-être à l’initiative de sainte Odile, première abbesse, morte vers 720.
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La légende attachée à la chapelle des Larmes vient de là : c’est à cet endroit qu’Odile aurait longuement prié pour le salut de son père. Le lieu est devenu une étape de pèlerinage, et il l’est resté. Le sanctuaire accueille aujourd’hui environ 750 000 visiteurs par an, selon les chiffres cités par RCF Alsace.
Visiter pendant les travaux #
Les chantiers de cette ampleur ne ferment pas forcément un site. Au Mont Sainte-Odile, la réfection du toit de la sacristie s’est achevée récemment sans gêner l’accueil des visiteurs, rapporte RCF Alsace. Mieux vaut toutefois prévoir des accès modifiés autour des chapelles extérieures, et à des vues partiellement masquées par les échafaudages.
Pour qui photographie le patrimoine, ces périodes ont leur intérêt. Elles laissent des images d’un état intermédiaire du monument, entre l’usure et la restauration, qu’on ne reverra plus une fois le chantier terminé. La terrasse du monastère, avec sa vue sur la plaine d’Alsace, reste quant à elle le point de vue que tout le monde vient chercher.
Rendez-vous fin 2028 pour voir les deux chapelles consolidées. D’ici là, le mont offre un spectacle rare : un monument du XIIe siècle en train d’être réparé pour les siècles suivants.




