C’est une découverte comme l’Île-de-France en livre rarement. À Champigny-sur-Marne, dans le Val-de-Marne, une fouille préventive menée par l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) a mis au jour un vaste espace funéraire du Néolithique moyen, occupé entre 4 750 et 4 300 avant notre ère. Le communiqué, publié le 2 novembre 2026, détaille un ensemble exceptionnel : une trentaine de blocs mégalithiques, onze tombes et, pièce maîtresse, une statue-menhir en grès de près de dix tonnes.
Plan de l'article
Un site funéraire de 6 500 ans aux portes de Paris #
La fouille s’est déroulée aux 134-148 de la rue de Verdun, en amont d’un projet immobilier, sur prescription du service régional de l’archéologie de la Direction régionale des affaires culturelles d’Île-de-France. Comme souvent en archéologie préventive, c’est donc un chantier de construction qui a offert aux chercheurs une fenêtre inespérée sur le passé.
Ce que les archéologues y ont trouvé tranche avec ce que la région avait livré jusqu’ici. En Île-de-France, les vestiges funéraires du Néolithique moyen se résument le plus souvent à des tombes isolées. À Champigny, au contraire, les onze sépultures prennent place dans un espace soigneusement aménagé, au sommet d’une terrasse formée par les alluvions de la Marne, selon le communiqué de l’Inrap.
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Au nord du site, les fouilleurs ont identifié des fosses, des fossés palissadés et des trous de poteaux, traces de structures en bois, en terre et en pierre aujourd’hui disparues. L’ensemble dessine un véritable lieu cérémoniel, organisé et entretenu par les communautés néolithiques de la vallée de la Marne.
Une statue-menhir anthropomorphe de 9,7 tonnes #
La vedette de la fouille est sans conteste la statue-menhir. Le bloc de grès mesure 3,04 mètres de long pour 1,68 mètre de large et 0,74 mètre d’épaisseur, pour un poids estimé à 9,7 tonnes. Sa silhouette est anthropomorphe : les tailleurs néolithiques lui ont donné une allure de figure humaine stylisée.
Le décor retient l’attention des spécialistes. La pierre porte une ceinture gravée, obtenue par piquetage et rainurage, ainsi qu’une série de cupules, ces petits creux circulaires taillés dans la roche. Des colorations blanches et noires, repérées au fond des impacts de taille sur la partie supérieure de la face principale, pourraient correspondre à des pigments. Prudents, les archéologues attendent les analyses scientifiques avant de confirmer cette hypothèse.
Couchée dans une fosse de calage
Détail intrigant : la statue n’a pas été retrouvée debout, mais à plat, dans une fosse de calage clairement identifiée. Elle a donc bien été dressée à un moment de l’histoire du site, avant d’être couchée. Interrogée dans Connaissance des Arts, l’équipe résume l’énigme d’une formule : « sa fonction reste encore à éclaircir ». Gardienne symbolique des tombes, représentation d’un ancêtre, borne monumentale d’un territoire sacré ? Les interprétations restent ouvertes.
Un monticule mystérieux et une stèle brisée #
Le secteur sud-est du site réserve une autre curiosité. Les archéologues y ont dégagé un monticule de limon brun couvrant une trentaine de mètres carrés, surmonté d’une petite stèle brisée en deux. Sous cet aménagement se cachait un dallage mêlant blocs de pierre et poteaux de bois, accompagné de fosses et de palissades.
Fait notable : aucune sépulture n’a été identifiée sous cette construction. Sa fonction demeure donc incertaine. Elle pourrait avoir matérialisé un espace particulier au sein du sanctuaire, ou servi de repère visible dans le paysage de la vallée, à la manière d’un signal dressé sur la terrasse dominant la Marne.
Pourquoi cette découverte compte #
Les statues-menhirs sont surtout connues dans le sud de la France, en Aveyron ou dans le Tarn notamment. En retrouver une de cette taille en région parisienne, associée à un espace funéraire structuré, vient enrichir considérablement la carte des pratiques mégalithiques du Néolithique moyen dans le Bassin parisien.
Le site de Champigny documente aussi la diversité des gestes funéraires de l’époque : les onze tombes, dont une inhumation d’un individu allongé sur le dos photographiée par les équipes de l’Inrap, côtoient des aménagements monumentaux qui témoignent d’un investissement collectif considérable. Déplacer et dresser un bloc de près de dix tonnes suppose une organisation sociale capable de mobiliser des dizaines de personnes.
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Les analyses à venir — étude des pigments, examen des ossements, datations complémentaires — devraient préciser la chronologie du lieu et, peut-être, lever une partie du mystère entourant cette figure de pierre restée couchée pendant plus de six millénaires à quelques kilomètres de Paris.
En attendant, cette fouille rappelle une évidence que les amateurs de patrimoine connaissent bien : les paysages les plus urbanisés recèlent encore des trésors enfouis, et chaque permis de construire peut devenir la première page d’un nouveau chapitre de notre histoire.




